Déserts médicaux : de vraies solutions pour un vrai problème !

Territoires Hainaut

Pour lutter contre les déserts médicaux il faut que le patient puisse rencontrer le médecin, spécialiste ou généraliste, dont il a besoin. C’est simple à dire, un peu moins à réaliser…

Pour preuve, les déserts médicaux existent toujours dans notre territoire, à tel point que résiste une surmortalité de 31 % dans le Hainaut Cambrésis par rapport à la moyenne française (source : étude de l’observatoire régionale de la santé de 2006 à 2013) Pourtant des solutions existent. Elles sont connues et ont été testées avec succès en France mais aussi ailleurs (Afrique, Canada, etc.)

Nous nous sommes entretenus avec les sociétés MEDTRUCKS et TOUTENKAMION. De ces rencontres, nous sommes ressortis avec une proposition pour les Territoires du Hainaut. Ça tombe bien : Les propositions pour le territoire, au Mag, on aime ça ! Et quand il s’agit d’aller au-devant des populations isolées et mal soignées, on adhère encore plus ! Ces « gens-là » subissent et sont la surmortalité du Hainaut. Nous avions déjà évoqué le sujet au travers du Centre Hospitalier Régional du Hainaut (cf Territoires Hainait le Mag n°1).

Allons plus loin : comment faire mieux ?

Anass EL HILAL, fondateur et directeur général de MEDTRUCKS nous explique.

« MEDTRUCKS est une startup qui se développe sur une idée simple, humaniste et ambitieuse : rendre les soins, et donc la santé, accessibles à tous. Elle permet la mise en évidence des zones où l’offre de soins est déficiente, spécialité par spécialité. Pour cela, elle utilise les outils de recensement cartographique qu’elle a développés elle-même. Le diagnostic précis, ainsi réalisé, permet aux acteurs médicaux d’amener les bons soins aux bons patients, au bon moment et aux bons endroits. »

“Un désert médical n’est pas seulement rural, il peut également être urbain.”

Depuis 2010, le nombre de médecins généralistes libéraux diminue chaque année. Le constat est le même pour les spécialistes. Le nombre d’ophtalmologues, de gynécologues et de psychiatres, diminue également depuis le début des années 2010 et cette baisse devrait se poursuivre jusqu’en 2025 environ. A cette date, le nombre de ces praticiens devrait avoir baissé de 18 % contre 21% en 2012. Les départements de l’Ile-de-France, Pas-de-Calais et la Côte d’Or enregistrent une population générale en hausse mais une population médicale en baisse.

Cela étant, à ce jour, la densité de médecins est restée importante dans le Nord avec 136,6 médecins pour 100 000 habitants. Pourtant, 58,9 % des habitants des Hauts de France trouvent qu’il est très difficile d’approcher un spécialiste . La plateforme de cartographie de MEDTRUCKS qui recense les spécialistes permet d’établir que ce n’est pas qu’une impression. (voir en encadré l’exemple des dentistes sur la zone de Valenciennes) Là où nous évoquions 136,6 médecins pour 100 000 habitants, nous passons, dans les faits, à 47,28 équivalents temps plein en moyenne et 26,85 en zone sous dotée ! Selon Anass EL HILAL, apporter dans les zones sous dotées un niveau de soin équivalent à celui enregistré à l’échelle départementale nécessiterait 92,52 équivalents temps pleins supplémentaires. Autrement dit, le manque en consultations se chiffre à 310 683,8 !

En d’autres termes, le problème est davantage une mauvaise répartition des professionnels de santé qu’une insuffisance en nombre. Et, attention, un désert médical n’est pas seulement rural, il peut également être urbain !

D’où la nécessité d’identifier avec précision les zones « non dotées » : « MEDTRUCKS, a conçu un modèle de soins innovant basé sur la mobilité. Nous cartographions les territoires et les populations pour planifier le déploiement d’un service de santé mobile et venir au plus près du lieu de vie des patients. Notre action s’articule autour d’un ‘outil cartographique des patients’ à destination des acteurs de la santé. »

Les patients vivant dans un désert médical sont en effet contraints à faire de longues distances et à attendre parfois plusieurs mois avant d’accéder à un service de santé.

Si tu ne peux aller jusqu’aux soins, alors les soins viendront à toi…

C’est là que TOUTENKAMION intervient pour rétablir l’égalité dans l’accès aux soins à l’aide de « camions de santé ».

Nous avons rencontré Stéphane GIRERD, président de TOUTENKAMION GROUP :

« TOUTENKAMION a acquis un savoir-faire lui permettant de répondre, sur mesure, aux besoins de santé identifiés de ses clients. Nous proposons une véritable clinique mobile pouvant intégrer : mammographie, radiologie, ophtalmologie, soins dentaires, consultations, laboratoire d’analyses, ORL, gynécologie, cardiologie, imagerie médicale… L’offre est à la fois complète, diversifiée et rapidement disponible dans les lieux les plus reculés. Nous travaillons également l’atmosphère et le cadre pour un confort qui réduit l’angoisse éventuelle des patients. »

Les unités mobiles sont réalisées « sur mesure » sur porteur, remorque ou semi-remorque de 3,5 à 32 tonnes, voire même dans des containers. Selon les besoins identifiés des zones sous dotées, il est possible de répondre par une clinique mobile, un centre médical mobile, ou un cabinet médical mobile. Les unités vont de l’espace médicalisé spécialisé au bloc opératoire, en passant par le simple dispensaire. Une seule unité mobile peut regrouper différentes activités médicales (consultation, diagnostic, dépistage, analyses, prévention, soins dans tous les domaines).

D’autres peuvent répondre au besoin précis des campagnes de dépistage du diabète, de la tuberculose, du sida, ou du cancer du sein via les « mammobiles », que TOUTENKAMION conçoit depuis plus de vingt ans.

Alors évidemment, à Territoires Hainaut Le Mag, nous ne sommes pas dupes. Ces sociétés innovantes ont un intérêt financier et économique.

Il n’empêche…

A ce jour, beaucoup évoquent la solution de la télémédecine (consultations à distance). On ne peut toutefois pas omettre les drames consécutifs à des diagnostics par téléphone, compliqués par l’absence de contact visuel et physique, ou l’absence de transmissions d’informations essentielles.

Cette télémédecine doit pouvoir s’améliorer, avec notamment la mise à disposition des données du patient et les systèmes de « visio-conférence ».

Elle doit aussi être limitée aux situations qui s’y prêtent. Car elle ne peut répondre à nombre de besoins.

Les coupes budgétaires, la désertification des campagnes, la diminution du nombre de professionnels de santé et du nombre d’heures travaillées (ce qui est bien légitime), sont des faits.

Plûtot que d’accepter qu’une partie de la population soit moins, ou moins bien, soignée, on préférerait donc tout de même s’atteler à choisir les places de villages et les trottoirs qui pourraient accueillir un « Camion Guérisseur »

1 Les dossiers de la DREES 2017 / Nº17 : Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ? (page 9)

2 Atlas de la démographie médicale en France : situation au 1er janvier 2018 (page 61) publié par le Conseil National de l’Ordre des Médecins

3 www.lavoixdnord.com : « Sondage : Santé dans les Hauts-de-France : accès aux soins correct, mais les hôpitaux pointés du doigt » du 29/06/18

4 Chiffres de la plateforme en termes d’Accessibilité Potentielle Localisée (APL)

5 Un équivalent temps plein réalise en moyenne 73 consultations par semaine pour 46 semaines travaillées dans l’année.

Source : Territoires Hainaut

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